05 juin 2008
Pouponner...
Tout avait commencé par un intérêt soudain par les poupées qui se reposaient telles des princesses endormies sur le lit de la demoiselle depuis de longs mois. Le préféré c'etait le tout petit bébé, celui qui ressemblait à un vrai, celui qui avait une odeur délicieuse dans son petit pyjama, ses replis dodus et son poing serré. Mme lutine entendait sa petite fille consoler le bébé, le changer, lui donner un biberon et parfois même le gronder pour qu'il dorme...Elle qui n'avait jamais gronder mlle lutine pour qu'elle se laisse bercer par les bras de morphée se demandait d'ailleurs d'ou pouvait venir cette fermeté. Puis il avait fallut emmener le poupon en ballade, et ne pas oublier de l'embrasser le soir...Mais le plus troublant c'est que finalement ce bébé n'avait pas pour maman la jolie demoiselle...Cette dernière avait décrété qu'il etait le fils de mme lutine. Soit qu'il en soit ainsi ! celui ci était tout fait, et ne pleurait pas la nuit ! Benjamin, puisque tel était son nom, etait donc le fils adoptif de mme lutine. Mais ce qu'elle n'avait pas compris, c'est qu'en devenant son fils, il heritait également du titre de petit frère de la demoiselle !
Cette pensée lui avait été revélé lorsque la maitresse de la demoiselle lui demanda confirmation de la place d'enfant unique de son élève...Mlle lutine parlait si souvent de son petit frère "benjamin" que la maitresse se demandait si un petit n'avait pas fait son apparition dans la famille... Une discussion était donc née hier soir, allongée toute deux sur le petit lit, mme lutine avait questionné sa fille. La petite avait alors demandé si le père noël pouvait lui apporter un petit frère ou même une petite soeur....a bon entendeur...
04 juin 2008
Instant magique
Ce matin il n'y avait pas d'école pour mlle lutine. Cela ne tombait pas très bien pour mme lutine. Elle travaillait avec acharnement depuis plusieurs jours pour rendre son premier appel d'offre dans les temps. Elle n'avait jamais fait ce travail et ce qui aurait du lui prendre deux ou trois jours lui en prenait 5 ou 6...Ce matin c'etait la dernière ligne droite tout devait partir au courrier du jour. Mlle lutine pas encore assez grande pour jouer toute seule, lire ou s'occuper, mme lutine avait veillé tard pour avancer le plus possible. Elle savait que la matinée serait difficile. Alors elle avait expliqué a la demoiselle qu'elle devait finir son travail et elle lui avait demandé d'être sage...N'osant pas trop y croire...
De son bureau, elle l'apercevait, elle l'entendait. Petites chansons, petites histoires, les minutes s'egrenaient et la petite s'occupait...mme lutine elle s'étonnait...et puis le silence...la demoiselle s'était endormie, le sourire aux lèvres... Cela n'arrivait jamais, même tout bébé cette enfant ne dormait qu'aux heures de la nuit...C'etait un peu magique de la voir s'abandonner en pleine matinée.
03 juin 2008
Tendresse
Les fins de journées s'annoncaient toujours avec la même envie, se refugier dans la cuisine, allumer la radio pour ne pas couper le fil avec le monde, ouvrir un des nombreux livres et choisir. Choisir une recette, juste une, une sucrée ou une salée , cela dependait de son humeur. Besoin d'un peu de reconfort et là voila qui se lancait dans le tout doux, le tout chocolat, envie d'ailleurs et là voila qui ouvrait le livre de cuisine de la famille celui que sa mère lui avait donné, celui qu'elle tenait elle même de sa mère, livre rapiécé, raccomodé, ou les ecritures se melaient, celui qui un jour reviendrait a mlle lutine, celui qui renfermait les meilleurs recettes, le couscous, le tajine aux citrons confits et olives, les gateaux aux amandes et puis la brioche. Celle ci c'est mme lutine qui l'avait écrite de sa plus jolie écriture de gauchère. 2 verres de farine, 1 cuillère à soupe de sucre, une cuillère à café de levure de boulanger, 3 cuillères à soupe de lait en poudre, un trait de fleur d'oranger, un peu de sel, 180ml d'eau tiède et puis le petrissage à mains nues. 30g de beurre et la tête qui se vide au fur et a mesure que la pate prend forme...ne plus penser, tourner, retourner et sentir la chaleur monter, dans les bras, dans la pate. C'est mieux qu'un cours de yoga pour mme lutine. Elle fait reposer, elle guette, si la pate venait a ne pas monter se serait presque tragique pour elle. Le temoin de quelque chose qu'elle ne fait pas bien...Un manquement dans ce qu'elle est...Heureusement qu'elle n'est pas Chef, sa vie serait un enfer !
En attendant pendant qu'elle écrivait son petit billet, la pate a bien levée, un petit coup de rouleau, elle ressemble a une pate a tarte, on la roule comme un gateau roulé, on laisse gonfler encore, il faut que la brioche soit aérienne comme une nuage, comme le nuage de lait qu'elle mettra dessus pour qu'elle soit joliment dorée. Et hop elle l'enfourne. Tout doucement elle referme la porte du four, il ne faudrait pas que tout le travail retombe comme un soufflé ! 200° pendant 5 mn et puis 180° pendant 20 mn cela devrait suffire...pour faire un delice de douceur et de tendresse...
02 juin 2008
Courage au fond du jardin
Plic ploc plic ploc plic ploc....comme un metronome les averses rythmaient le fil de la journée. La chaleur s'echappait de la terre, remontait doucement le long des jambes et etreignait les souffles. Les odeurs se melangeaient : la terre, la fraicheur de la menthe poivrée,la douceur des herbes froissées et dans le fond l'entêtante fragrance sucrée presque poisseuse du jasmin etoilé planté à coté de la terrasse ; et puis au loin l'odeur de l'eau qui s'echappait de l'etang, odeur humide du sol chauffé aux rayons du soleil, odeur des particules de poussières dès que le soleil serait plus chaud, mme lutine planté au milieu du jardin avait le coeur qui explosait. Lorsqu'elle habitait Paris, elle avait maintes fois rêvé de sortir dans un joli jardin, les pieds nues en contact avec la terre...Elle y etait, elle respirait, etouffait de ces sensations, ici le sentiment d'être au centre d'une nature puissante revenait souvent. Elle se sentait toute petite. Elle d'une nature un peu anxieuse s'etonnait de suivre doucement le chemin qu'elle et m.lutin avaient entrepris. Elle avait besoin de venir au milieu du jardin, seule, pour reflechir et prendre le recul necessaire pour ne pas se tromper de direction. Pas encore d'affaires signés, des devis, des contacts mais cette certitude de faire ce qu'ils devaient faire. Ici elle s'allongeait sur le petit muret vestige de l'ancienne etable et regardait les nuages defiler. Un crocodile, une flèche, un mouton...Resister, ne pas avoir peur de demain. Ils n'avaient pas les moyens de se tromper, ils devaient y arriver...
28 mai 2008
Un Dimanche particulier
Dimanche matin, elle s'etait levée un peu plus tôt que d'habitude. Celui là était particulier, il ne serait de toute façon pas assez long. C'était la fête des mères, sa fête, et puis aussi celle de la sienne. En préparant les oeufs surprises, elle se rappelaient sa grand-mère maternelle dans la cuisine auréolée de soleil qui sentait toujours bon les épices, le safran, la coriandre, la cannelle, elle aussi préparait les oeufs surprises, ces oeufs durs dont le jaune avait été patiemment mouliné puis melangé au thon ou au jambon, à la mayonnaise et juste un peu d'un blanc d'oeuf pour que se soit plus beau. Elle se rappelait ce grand plat qui avait demandé beaucoup de temps et qui serait englouti en quelques minutes par une grande famille braillarde melange du sud de l'europe et du nord de l'afrique. Au milieu des nombreux enfants de sa grand-mère sa mère, la plus douce, la plus fragile, la petite marie. Celle que l'on ecoutait pas vraiment. La plus belle aussi, mais ça elle ne le savait pas, elle ne le croyait. Celle a qui on avait raconté toute petite que la sage femme qui l'avait sortie avait informé les parents que de celle-là, ils n'en feraient rien ! Cette petite que l'on voyait derrière sur les photos de famille avait toujours transporté ce sac a dos un peu trop lourd pour elle. Elle avait gardée la tête haute. Toujours , en dépit de tout. Mme lutine dans sa cuisine en ce matin de la fête des mères repensait a la sienne, elle ressentait encore le frisson lorsqu'elle avait entendue le mot cancer. Elle revivait ces moments dans les hopitaux parisiens a attendre le reveil de sa maman, c'est là qu'elle était s'était mise à croire très fort, à prier, remercier... Prier pour qu'il n'arrive rien, qu'elle ne parte pas, qu'elle ne l'abandonne pas. A ce moment elle même n'etait pas encore maman...Elle se rappelait ce matin a lui serrer la main pour l'accompagner dans la decouverte de ce nouveau corps, la blessure de ne plus être tout a fait femme. Les medecins disaient ne vous inquiétez pas, il y aura une "reconstruction", elle repensait a ces quelques mois plus tard ou les mêmes medecins annoncaient qu'il n'y aurait pas reconstruction parce que les veines étaient trop abimées par la chimiothérapie...Elle repensait a tous ces mauvais instants, elle repensait aussi à tous les bons moments, la naissance de mlle lutine, sa mère dans la chambre d'a coté, les moments de partage et de joies, elle se disait que oui cette fête était la plus précieuse pour elle parce que cette maman, cette maman devenue aujourd'hui mamie serait avec elle en ce jour tout particulier. Elle savait que cette philosophie de vie de vivre tous les moments comme s'ils devaient être les derniers, lui venait de cette histoire, de cette mère un peu fragile mais finalement tellement forte...
23 mai 2008
A trois...
Entre deux appels d'offre, il restait peu de temps à m. et mme lutine pour profiter des beaux jours... Alors vite, la famille s'est entassée dans la voiture et avec un petit air de vacances, fenêtres ouvertes et paysage de campagne, ils avaient pris la direction du joli zoo de Beauval...Le pic-nic reposait au fond du panier trouvé à la dernière brocante : les petits sandwichs triangulaires, le thé à la menthe dans le thermos à pois, les tomates cerises mures à point, et puis quelques petites choses qui feraient plaisir à une demoiselle lutine heureuse d'aller voir les animaux.
Arrivés au guichet, la longue file d'attente pour prendre les tickets leur avait fait un peu peur mais ils s'étaient dit que cette retraite studieuse au fond de la fôret devaient les avoir rendu encore un peu plus sauvage. m et mme lutine était comme les fauves du zoos qui n'aiment pas trop être dérangés.... Alors le coeur leger ils étaient rentrés dans le parc, la petite fille sautillant devant comme une gracieuse danseuse. Mais pour ne pas faire tout à fait comme les autres, et puis pour être un peu tranquille, pour ne pas jouer des coudes, ils avaient décidés que pour eux la visite se ferait en sens contraire des flèches...Un peu à contre-courant...un peu comme leur parcours...pas toujours là où on les attendaient...Ils le savaient leurs têtes avaient besoin de s'echapper, la pression avait été intense, la conciliation du prud'hommes n'avait rien donné, monsieur lutin s'etait fait un plaisir de remarquer qu'il n'avait toujours pas recu son solde de tout compte en retard d'un mois déjà, leur nouvelle activité les empechaient même parfois de dormir, trop de choses à faire, trop d'idées à ne pas oublier, peur de se tromper, de ne pas y arriver et puis ces successions d'angoisses et de certitudes....Ils etaient sur le bon chemin et puis hop, auraient ils le temps et les moyens ???? oui oui il le fallait....
Alors les tigres, singes et autres animaux leurs avaient permit de s'evader, de profiter du temps et du soleil, des cris de joies de leur petite fille, les joues rosies par le soleil, elle venait les voir pour leur dire qu'elle les aimait...Eux aussi l'aimait, ils se sentaient forts, forts d'avoir les pieds bien ancrés dans leurs bottes, forts d'être trois...
23 avril 2008
Se lancer, sauter, voler et ne pas avoir peur...
Elle croyait très fort au destin, aux petites choses qui balisaient un chemin qu'il fallait forcement emprunter. Elle avait acceuillit les nouvelles de monsieur lutin avec inquiétude, avec le gout de l'injustice. Au debut ils avaient dit, nous partons trois jours au bord de la mer. Deauville, marcher sur les planches, s'évader, faire le point. Mais les prix en période de vacances scolaires les avaient stoppés. Probablement sans préavis, il fallait compter. Tant pis ils partiraient a un autre moment...Alors ils étaient restés, avaient fait le point de leur savoir-faire, de leurs désirs, de leurs points faibles aussi parce que ceux là ils ne fallaient pas les oublier parce que sinon ils vous rattrapaient. Tous les deux faisaient le même metier, ça aidait un peu pour mettre les projet en commun. Et de mots en mots, d'idées en idées, former une équipe pour faire ce qu'ils aimaient, ce qu'ils faisaient bien. Lorsqu'il visitait des clients, des DRH en mal de bons candidats, souvent il repartait avec un poste ou même plusieurs. Elle elle savait denicher les talents, bonne chasseuse, elle furetait jusqu'a trouver celui ou celle qu'il fallait. Ils suivaient leurs recrues, s'equerraient, s'inquietaient, s'informaient. C'est ce qui faisait que les clients se rappelaient d'eux: peut etre pas uniquement leur savoir faire, peut etre, surement leur savoir être ; le fait qu'ils traitaient leurs clients et leurs candidats comme ils aimeraient qu'on le fasse pour eux, cela s'appelait peut etre l'empathie . Alors ils y pensaient , se lancer a deux, convaincre encore pour qu'on leur fasse confiance.
18 avril 2008
A contre-courant
Madame Lutine se trouvait souvent a contre-courant. Déplacée, pas tout à fait a sa place. De ses copines, elles se sentaient souvent loin. Les lunettes chanel, gucci, les dernières manolo elles trouvaient cela parfoit jolis, souvent clinquants. Aux vacances aux Bahamas, elle preferait les journées de marche dans le désert, la recherche du temps jadis au fond de l'egypte, loin des bateaux deversoirs de touristes en mal de grandioses. Non non elle ne jouait pas a madame Hautaine trouvant les touristes braillards, pas assez bien pour elle. Juste qu'elle preferait le calme à l'euphorie du groupe, juste qu'elle preferait partager le thé du paysan plutot que le cocktail d'acceuil du 4 étoiles. Certe cela lui avait valu quelques douleurs dorsales au levée d'une nuit passée sur une couche sommaire composée d'une simple natte, mais souvent elle avait trouvé le calme et la serenité dans cette autre monde loin du sien. La tempête qui soufflait sur sa famille en ce moment l'a ramenait vers ses rivages lointains. L'envie de tout bazarder pour partir vers les bazards d'un autre lieu. Ce sentiment très fort de ne pas être a sa place au milieu des Caïmans presque plus dangereux que ceux du Nil. Elle savait qu'il fallait relativiser, prendre du recul, mais revenait alors ses doutes de ne pas être là ou il faut, de ne pas gacher le temps qu'il leur était donné. De faire quelque chose. De ne pas courir a la futilité... Ce matin elle qui ne jouait pas avait valider un ticket de loto. Même si elle ne gagnait rien elle aurait rêvé pour 2 euros ! Acheter un voilier, embarquer et tourner tourner tourner jusqu'au tournis, comme ce jeu que les enfants adorent et qui nous fait perdre nos sens...
17 avril 2008
Les bandits...
L'histoire etait plutot classique, mais elle balayait la maison comme une de ces terribles tornades qui traversent les petites bicoques en bois des iles des Caraibes. Monsieur Lutin avait intégré il y a quelques mois une société bien comme il faut, tout au fond de la sologne. Tout allait dans le meilleur des mondes, monsieur lutin aimait beaucoup ce qu'il faisait, en quelques mois il s'était fait connaitre dans ce petit milieu, tout petit et très fermé. Il rentrait tard parfois, travaillait tard souvent et même le dimanche parfois. Il etait joyeux et trouvait que travailler en Province c'était beaucoup plus agréable que de courir pour attraper le metro, puis courir pour attraper le RER puis courir pour attraper des clients, des candidats, des primes et des nuits blanches...Alors lorsque sans prevenir il est convoqué par la DRH qui l'informe que le gerant est absolllluuuument désssoooolé de ne pas pouvoir être là pour lui annoncer qu'ils ont décidés de mettre fin a sa période d'essai, tout s'écroule....mais pourquoi ? parce que votre salaire est lourd et que nous pensions que les resultats seraient plus rapides. - Oui mais je vous avais dit que les commandes au service RH entrent dans un processus de vente long. - Oui mais bon c'est comme ça !
Monsieur Lutin téléphone a madame lutine, il n'a rien vu venir, il n'avait jamais eu, une remarque, le jour d'avant monsieur le gerant lui tapait sur l'épaule....
Madame lutine lui dit qu'il ne doit pas partir de la société, qu'il n'est plus en période d'essai, a date est dépassée de deux jours ! Dommage...
Monsieur lutin depuis s'est vu convoqué un entretien de licenciement, la lettre etait arrivée pour insufisance professionnelle !!! Insuffisance, ici on rigolait, on rispostait, le dossier etait bien préparé. En face ils manipulaient. Leur avocat avait surement trouvé qu'en effet, l'insuffisance serait dur a prouver, alors ils convoquaient avec huissier pour constater que l'ordinateur contenait des dossiers. Oui oui disait monsieur lutin, se sont des dossiers de travail. PArce que vous savez je travaillais... Sourire...inquietude, ecoeurement, ça arrive souvent que les employeurs fabriquent des fautes pour se debarrasser de leur salarié sans avoir a regler leur trois mois de préavis ?
Ici on se serrait les coudes en esperant que l'honneteté triomphera...
26 mars 2008
Petite reverie...
C'était un mardi, c'était hier...Mme lutine depuis des semaines avançait et reculait, inlassablement. Elle savait qu'elle devait se remettre au travail. Elle se penchait tout au bord du précipice pour regarder en bas, voir la vie qui grouillait et se disait qu'il serait bon de descendre doucement ; mais ce vide lui faisait un peu peur alors vite, elle reculait... Et puis tout doucement sans véritablement s'en rendre compte c'était son amoureux qui préparait, rappelait des clients, l'accompagnait vers de nouvelles activités. Un travail qu'elle pourrait au moins au debut faire de chez elle, parce que maintenant le dieu internet lui permettait de rester connecter avec le monde. Elle avait donc rendez vous chez ce prospect, futur client, elle l'esperait et se retrouvait dans la petite salle d'attente, gentiment assise au bord de la chaise. Dehors, il faisait gris, et la pluie semblait accorder une petite trêve aux piétons qui commencaient à émerger de leurs abris de fortune pour vaquer à leurs occupations, en attendant une autre averse. Et ces pensées s'envolèrent de 25 ans, au maroc chez son grand père, du temps où même pour avoir le téléphone à la maison la bas, il fallait être pistonné, du temps où la meilleure manière de rester connecté était de rejoindre son grand-père dans son Bazar l'après-midi du vendredi, pour écouter les discussions entre lui et ses amis venus le rejoindre à ce rendez-vous hebdomadaire, institué par lui depuis des années, ils commentaient ensemble l'actualité de la médina et se risquaient à débattre de sujets plus généralistes, en essayant de refaire le monde à leur manière. L'ambiance était solennelle dans une grande maison convertie en Bazar pour épater les touristes en quête d'un Kilim rare ou d'un pur Tapis R'bati. Lui s'était approprié une des pièces qui donnaient sur une magnifique fontaine au milieu de l'esplanade principale de la maison. C'était son bureau, soin coin de sieste et sa salle de réception. Il laissait ses convives en plein débat d'idées pour aller voir des clients qui venaient de rentrer avec leur guide, et s'assurer que celui-ci est, non seulement un officiel, mais qu'il est honnête! Et dans un français impeccable, il leur taillait la bavette, leur racontait l'histoire séculaire du Palais AL MANSOUR (c'est comme ça qu'il avait baptisé son Bazar, en référence à l'une des plus célèbres portes de la ville qu'avait construites le Roi Moulay ISMAÏL). Puis, avec une aisance déconcertante, il leur brossait le CV du tapis, de la porte antique ou du pouf authentique, sans jamais parler argent, à tel point qu'à la fin, payer leur nouvelle acquisition n'était plus qu'une formalité. Et le plus important pour ces touristes, était désormais de pouvoir raconter l'épopée de cet objet à leurs proches, une fois qu'il aura pris place dans leur salon. Et elle, elle restait tétanisée, subjuguée et à la fois fiere de la prestation de son grand-père, car au moment où ces touristes sont rentrés dans son Bazar, ils n'avaient, a priori, aucune envie d'acheter un objet de valeur, mais de simples babioles en souvenir de leur périple au Maroc. Et comment vont-ils faire pour transporter un objet aussi volumineux, eux qui sont venus à quatre en R16, ou en bus? Qu'à cela ne tienne! "Laissez-moi votre adresse" leur disait-il, "et je vous expédie cela chez vous, sous quinzaine. D'ailleurs, regardez tous ces colis, ils partent pour Marseille demain matin". Et voilà! Le deal était conclu et les touristes étaient heureux d'être aussi bien servis. Mais ils ne repartiront pas avant d'avoir siroté un verre de thé préparé par ma Grand-mère, Lalla Tam, accompagné de cornes de gazelles juste arrivées du "Ferrane". Une fois les clients partis, Haj ALAMI, c'est comme ça qu'on l'appelait, revenait à ses amis qui ne s'étaient même pas aperçus de son absence, tellement ils étaient absorbés par leur débat. Et ça repartait autour d'un énième verre de thé et un autre thème, en attendant l'arrivée d'un autre client ou d'un groupe de touristes.
Tiens il est déjà 10h00, et ce client qui ne vient pas la chercher, cela fait deja une demi heure qu'elle attend.
Elle ne lui en veut même pas de la faire patienter, cette attente lui a permis de se replonger dans son enfance et de revivre ces instants magiques aux côtés de son Grand-père, que Dieu ait son âme. D'ailleurs et si, l'occasion lui en donnée, dans un prochain petit billet elle racontera, quelques anecdotes de cette période de son enfance, les réunions hebdomadaires familiales entre hommes, celles entre femmes, le rituel annuel de préparation du "khlii", celui de la distillation de l'eau de rose et d'oranger, ou encore la cérémonie de retour du "Haj". Bref! Que des moments de pur bonheur!
Oh mais vite elle entend monsieur le client, elle doit y aller...










