La lutine

Couture, custo, idées et partage

26 mars 2008

Petite reverie...

kilim

C'était un mardi, c'était hier...Mme lutine depuis des semaines avançait et reculait, inlassablement. Elle savait qu'elle devait se remettre au travail. Elle se penchait tout au bord du précipice pour regarder en bas, voir la vie qui grouillait et se disait qu'il serait bon de descendre doucement ; mais ce vide lui faisait un peu peur alors vite, elle reculait... Et puis tout doucement sans véritablement s'en rendre compte c'était son amoureux qui préparait, rappelait des clients, l'accompagnait vers de nouvelles activités. Un travail qu'elle pourrait au moins au debut faire de chez elle, parce que maintenant le dieu internet lui permettait de rester connecter avec le monde. Elle avait donc rendez vous chez ce prospect, futur client, elle l'esperait et se retrouvait dans la petite salle d'attente, gentiment assise au bord de la chaise. Dehors, il faisait gris, et la pluie semblait accorder une petite trêve aux piétons qui commencaient à émerger de leurs abris de fortune pour vaquer à leurs occupations, en attendant une autre averse. Et ces pensées s'envolèrent de 25 ans, au maroc chez son grand père, du temps où même pour avoir le téléphone à la maison la bas, il fallait être pistonné, du temps où la meilleure manière de rester connecté était de rejoindre son grand-père dans son Bazar l'après-midi du vendredi, pour écouter les discussions entre lui et ses amis venus le rejoindre à ce rendez-vous hebdomadaire, institué par lui depuis des années, ils commentaient ensemble l'actualité de la médina et se risquaient à débattre de sujets plus généralistes, en essayant de refaire le monde à leur manière. L'ambiance était solennelle dans une grande maison convertie en Bazar pour épater les touristes en quête d'un Kilim rare ou d'un pur Tapis R'bati. Lui s'était approprié une des pièces qui donnaient sur une magnifique fontaine au milieu de l'esplanade principale de la maison. C'était son bureau, soin coin de sieste et sa salle de réception. Il laissait ses convives en plein débat d'idées pour aller voir des clients qui venaient de rentrer avec leur guide, et s'assurer que celui-ci est, non seulement un officiel, mais qu'il est honnête! Et dans un français impeccable, il leur taillait la bavette, leur racontait l'histoire séculaire du Palais AL MANSOUR (c'est comme ça qu'il avait baptisé son Bazar, en référence à l'une des plus célèbres portes de la ville qu'avait construites le Roi Moulay ISMAÏL). Puis, avec une aisance déconcertante, il leur brossait le CV du tapis, de la porte antique ou du pouf authentique, sans jamais parler argent, à tel point qu'à la fin, payer leur nouvelle acquisition n'était plus qu'une formalité. Et le plus important pour ces touristes, était désormais de pouvoir raconter l'épopée de cet objet à leurs proches, une fois qu'il aura pris place dans leur salon. Et elle, elle restait tétanisée, subjuguée et à la fois fiere de la prestation de son grand-père, car au moment où ces touristes sont rentrés dans son Bazar, ils n'avaient, a priori, aucune envie d'acheter un objet de valeur, mais de simples babioles en souvenir de leur périple au Maroc. Et comment vont-ils faire pour transporter un objet aussi volumineux, eux qui sont venus à quatre en R16, ou en bus? Qu'à cela ne tienne! "Laissez-moi votre adresse" leur disait-il, "et je vous expédie cela chez vous, sous quinzaine. D'ailleurs, regardez tous ces colis, ils partent pour Marseille demain matin". Et voilà! Le deal était conclu et les touristes étaient heureux d'être aussi bien servis. Mais ils ne repartiront pas avant d'avoir siroté un verre de thé préparé par ma Grand-mère, Lalla Tam, accompagné de cornes de gazelles juste arrivées du "Ferrane". Une fois les clients partis, Haj ALAMI, c'est comme ça qu'on l'appelait, revenait à ses amis qui ne s'étaient même pas aperçus de son absence, tellement ils étaient absorbés par leur débat. Et ça repartait autour d'un énième verre de thé et un autre thème, en attendant l'arrivée d'un autre client ou d'un groupe de touristes.

Tiens il est déjà 10h00, et ce client qui ne vient pas la chercher, cela fait deja une demi heure qu'elle attend.

Elle ne lui en veut même pas de la faire patienter, cette attente lui a permis de se replonger dans son enfance et de revivre ces instants magiques aux côtés de son Grand-père, que Dieu ait son âme. D'ailleurs et si, l'occasion lui en donnée, dans un prochain petit billet elle racontera, quelques anecdotes de cette période de son enfance, les réunions hebdomadaires familiales entre hommes, celles entre femmes, le rituel annuel de préparation du "khlii", celui de la distillation de l'eau de rose et d'oranger, ou encore la cérémonie de retour du "Haj". Bref! Que des moments de pur bonheur!


Oh mais vite elle entend monsieur le client, elle doit y aller...

Posté par lalutine à 09:22 - Billet d'humeur - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'ai beaucoup aimé ce billet et me suis sentie transportée. J'ai hâte maintenant de lire les autres récits annoncés...

Posté par Isa, 28 mars 2008 à 17:22

oh oui !

merci pour ce voyage !!!
extraordinaire et parfumé :-)
encore... comme une histoire du soir...

Posté par clo, 02 avril 2008 à 12:28

on a l'immpression d'y être. les senteurs passent par l'écran

Posté par christineml, 04 avril 2008 à 10:38

Oh, j'adore tes souvenirs !!!! c'est très beau, on est transporté !!!!

Posté par fleur, 09 avril 2008 à 11:13

incroyable!!

incroyable comme ce temps lànous nous rend d'humeur nostalgique et surtout vagabonde .j'ai conté hier à une copine un conte similaire au tien dans un pays lointain sentant la fleur d'oranger le mimosa et la menthe et sous les flocon de neige de mon pays d'adoption je me retrouvais transportéé parmi les cousines et tantes celebrant le rituel du thé accompagné de sfeng au sucre et begrir au miel.et ce qui m'a vraiment frappé dans ton recit c'est la mention de la préparation du "khlii". et bien aprés de longues supplications qui ont fait l'etonnement de mon entourage(ma nostalgie devient pathologique),ma mère m'en a rapporté de tlemcen ma ville natale ;ville jumelle de fes( est ce la tienne).mon grand pere habitait egalement un riad!!

Posté par soraya, 09 avril 2008 à 16:07

36 ans plus tard

Moment d'intense émotion. Oui, le 31 mai 1972, au cours de mon premier voyage au Maroc, je me trouvais dans le bazar de Meknès au "Palais Al Mansour" achetant à Monsieur Alami Bennani des tapis que je piétine savoureusement à la maison depuis ce temps. Même si je n'ai jamais véritablement oublié cette rencontre, ce beau récit ravive en moi aussi des souvenirs nostalgiques comme l'atmosphère si particulière de cette grande boutique, l'ambiance qui y régnait si parfaitement décrite, la façon dont les événements se sont déroulés jusqu'à la finalisation de la vente et l'expédition promise sous quinzaine ... Bizarre, étrange, étonnant de trouver 36 ans plus tard, au hasard de mes pérégrinations sur le Net, ce récit si bien écrit ! Un grand merci à son auteur.
Mais qu'est donc devenu Monsieur Alami Benanni que je suppose ëtre Haj Alami" ? Quel âge avait il en 1972 ?

Posté par Alain, 02 mai 2008 à 12:31

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